La nuit pesait sur la ville endormie. Les rues calmes et quasiment silencieuses de la ville semblaient être bercées par la lourdeur de l'obscurité. Une voiture troubla l'immensité de silence qui régnait encore à cette heure tardive. C'était une voiture de police. Elle se retrouva bloquée dans une petite rue.

Les policiers, étonnés et énervés par le manque de prudence du conducteur, descendirent de leur véhicule pour voir ce que ce camion faisait là, arrêté en pleine nuit au milieu de la chaussée. Ils longèrent la longue carcasse de ce monstre de la route pour atteindre la cabine. Arrivés à sa hauteur, un des policiers dégaina son arme aussitôt. Le second dégaina à son tour en apercevant l'intérieur de la cabine. Les deux colt python 357 magnum dirigés vers la cabine semblait vibrer, les mains crispés sur leur arme, les policiers avançaient lentement. Un des policiers appela l'homme qui se tenait au volant du camion. Ce dernier ne bougeait pas, les yeux perdus dans la noirceur de la ruelle, il semblait absent. Un policier ouvrit la porte du chauffeur et agrippa l'homme inerte. Sans bouger, l'homme se laissa tomber sur le sol. Aussitôt, le policier lui passa les menottes alors que son équipier inspectait l'intérieur de la cabine.

Après avoir appelé une ambulance, les policiers cherchaient à comprendre ce qui avait bien pu se passer.

Le deuxième homme dans le camion était mort.

En quelques minutes, l'ambulance emmena l'homme traumatisé et les services criminelles commencèrent leur enquête sur le meurtre.

L'homme fut dirigé vers un service psychiatrique, depuis son arrestation, il n'avait rien dit, ses yeux semblaient ne plus voir, son corps tout entier paraissait effacé de ce monde. Les policiers menant l'enquête ne parvinrent à lui décrocher un mot. Son silence équivalait à un aveux. Et, malgré les plusieurs heures d'interrogatoire, le camionneur restait figé dans son mutisme.

Les jours passèrent et l'homme ne disait toujours rien, son avocat tentait d'établir un contact mais, les jours passaient et le procès arrivait à grand pas sans amener au pauvre avocat un élément pour l'aider dans ce procès.

Le procès arriva, au bancs des accusés, le camionneur émergea une fois pour hurler : "Je suis innocent ! " puis, il repartit dans son monde clos. Les heures de procès défilaient  et, après de longs débats, sans arme du crime, sans témoins, VILLON François fut relâché.

La culpabilité ou l'innocence, rien ne pouvait réellement être défini. Mais, le doute profite toujours à l'accusé aussi, même si la loi avait décidé de l'innocence du présumé meurtrier, la police ne se contenterait pas de cela.

Que ferait cet homme une fois dehors ? La police tenait à ne pas fermer définitivement cette affaire des plus étranges.

La surveillance commença dès sa libération.

L'homme errait chaque jour dans les rues. Il allait régulièrement au cimetière sur la tombe de son ami que l'on avait découvert mort dans la cabine du camion. Rien ne pouvait justifier une surveillance prolongée. La police fut obligée de laisser l'homme car aucuns de ses gestes semblaient le trahir.

Que s'était-il réellement passé la nuit du crime ?

Le mystère resterait à toujours enseveli dans le cerveau embrumé de monsieur VILLON. L'ancien camionneur errait, rien ne semblait le faire émerger de son monde.

Et pourtant, malgré son semblant d'absence, ses errances étaient guidées par une sorte de flamme intérieure. Son regard trouble dévisageait la foule. Que cherchait-il ? Le savait-il lui même ?

Mais, un jour, alors que la nuit allait tomber, son regard se figea sur le visage d'une créature aux traits magnifiques. La femme aurait été très belle si elle n'avait pas porté ses vêtements usés et sales.

Que lui voulait-elle ?

Il fonça droit sur elle, comme enfin sorti de sa torpeur, déterminé. La femme sentit le danger et s'aperçut à temps de la présence de François. Le visage radieux de la femme blêmit et, d'un coup, elle détala et s'enfonça dans la foule épaisse de la rue. François se mit à courir à son tour.

Leur course folle les emmena loin du centre ville, dans la solitude d'un endroit inhabité, là où la nuit sert de décors aux actes les plus insensés. La femme devançait toujours François qui, depuis le début de la course, n'avait pu se rapprocher d'elle. Sa proie semblait lui échapper, il fallait qu'il la rattrape, avant qu'elle ne disparaisse dans la forêt qui s'approchait face à eux. Malgré ses efforts, la femme disparue dans l'énorme camouflage de la forêt. La rage au ventre, François se mit à jurer, à hurler dans les ténèbres de la forêt.

Puis, son calme revint, il avançait à pas feutrés dans la verdure, suivant son instinct pour retrouver la femme qui avait disparu. A droite, à gauche, ses pas le guidaient. Soudain, à un mètre de lui, une cabane de bois rafistolé semblait cacher la femme. Elle devait être là. Sûrement. Un cri s'échappa de la maisonnette. Elle devait être là, c'était sur.

François s'avança, il fit voler la porte. Sur ses gardes, près à riposter à la moindre attaque, il scrutait l'intérieur. Son regard se posa sur la fille qui tenait un bébé d'une main et de l'autre un poignard. Le poignard. Il se figea, tenta de balbutier quelques mots incompréhensibles.

La femme prit la parole :

" Cet enfant est le froid de mon cauchemar. Cauchemar d'une nuit, agressé par deux routiers. Le prix de ma vengeance est ce sacrifice ... "

D'un coup de main, elle trancha la gorge de l'enfant. Le sang jaillit alors que la femme laissait tomber sur le sol le corps sans vie. Elle reprit la parole :

" Un an, jour pour jour, un an à attendre, un an à t'attendre, à te maudire. Ton ami est déjà sur les braises ardentes de l'Enfer. Tu finiras ta vie au Purgatoire humain, si ton cœur n'a pas effacé ta haine, si tu ne fais rien pour ton repentir, tu finiras ta misérable existence avec ton ami. Le jour du jugement dernier approche et tu payeras aussi. Il te reste 20 ans de vie terrestre. 20 ans de vie dans la même pièce. 20 ans à vivre dans le même décor. N'oublie pas de faire pénitence car je serai là pour te juger dans l'éternité. "

François se mit à pleurer devant ce spectacle, le corps de l'enfant était recouvert de sang. François se cacha la vue avec ses mains, ne pouvant supporté plus longtemps cette scène. Il voulait oublier ces images horribles, il voulait repartir loin.

Quand, enfin, il ôta ses mains, il n'y avait plus la femme. Elle avait disparue. Soudain, une voix venue de nul part résonna dans la cabane : " Bon courage ... ". La voix de la femme semblait venir du murmure de la forêt.

Que faire ?

Il resta devant le spectacle atroce puis s'en retourna dans la noirceur de la nuit. L'aube se levait enfin quand il arriva au premier poste de police. Sans réfléchir, il raconta son histoire. Malgré un fort doute, les policiers allèrent sur l'endroit présumé du crime, sûr de ne rein y trouver. La découverte du petit être sauvagement égorgé les fit changer de ton. Un interrogatoire serré commença pour savoir la vérité.

Et, malgré toutes ses explications, rien ne put empêcher son inculpation pour meurtre. Le poignard avait ses empreintes François ne comprenait pas, ne voulait croire que la terrible machination allait l'écraser.

François VILLON fut condamné à perpétuité pour l'assassinat de l'enfant. Devant la détermination sur sa version des faits, les enquêteurs, aidés par des psychologues, en conclure qu'il tentait à tout prix de se protéger mais que, en aucun cas, il ne pouvait être considéré comme fou.

Le purgatoire humain refermait ses portes sur Monsieur François VILLON ...